Le projet annoncé jeudi soir par le président comprend des soldats, des radars et des systèmes de défense destinés à protéger Yanbu, port stratégique du réseau énergétique saoudien. Le site a été visé ces derniers jours par les Houthis, mouvement armé basé au Yémen voisin et décrit dans le débat français comme proche de l’Iran. Macron a évoqué une discussion finalisée avec Riyad et présenté l’opération comme strictement défensive, sans intention d’engager la France dans le conflit.
Jean-Luc Mélenchon, dirigeant de La France insoumise, a dénoncé une décision prise, selon lui, sans débat collectif et demandé un vote du Parlement. Il estime que l’envoi de troupes dans une zone de guerre pourrait faire de la France un belligérant. Sébastien Chenu, député du Rassemblement national, a également mis en garde contre les risques d’une intervention dans une région instable. Marine Le Pen et Jordan Bardella n’avaient pas réagi au moment du reportage.
La France n’a pas de clause de défense mutuelle avec l’Arabie saoudite comparable à celle de l’Otan, mais les deux pays ont conclu des accords de coopération et d’assistance militaires, notamment dans la formation, l’entraînement et l’armement. Paris participe aussi depuis le début de 2024 à la mission européenne en mer Rouge visant à protéger la navigation commerciale contre les attaques houthies. La France y a déployé quatre frégates et plusieurs centaines de marins, aux côtés notamment de l’Italie, de la Grèce et des Pays-Bas.
La question porte désormais sur la portée concrète du nouveau dispositif et sur les obligations d’information du Parlement. L’article 35 de la Constitution prévoit que le gouvernement informe l’Assemblée nationale et le Sénat dans les trois jours suivant le début d’une intervention des forces armées à l’étranger. Le constitutionnaliste Benjamin Morel souligne toutefois que les précédents laissent une marge d’interprétation, notamment pour les exercices, certains prépositionnements et les déploiements sans caractère opérationnel.
Les critères évoqués comprennent l’ampleur des moyens engagés, la dangerosité du théâtre et la perspective d’un recours à la coercition. Macron a indiqué que des avions Rafale pourraient être utilisés si l’évolution de la situation et les besoins le justifiaient, sans annoncer de décision ferme sur ce point. L’annonce laisse donc ouvertes deux questions : la taille du renfort et le moment où il relèverait formellement du cadre parlementaire applicable aux opérations extérieures.