Dans un communiqué publié le même jour, les trois organisations – Radio France, l’Alliance de la Radio, qui regroupe des stations privées comme RTL et Europe 1, et Les Locales, réseau de radios associatives – ont souligné que près d’un tiers de l’écoute radio en France se fait au volant, selon les relevés de Médiamétrie, et que la suppression progressive des autoradios hertziens menace cet accès gratuit et direct.

Les acteurs du secteur précisent que la technologie FM/DAB+ existe depuis des décennies et que le coût unitaire d’un récepteur reste modeste, ce qui rend l’obligation technique réalisable sur le papier.

Toutefois, l’intégration d’un autoradio hertzien dans les systèmes d’infodivertissement modernes nécessite une antenne dédiée, un module RF et, surtout, une certification spécifique à chaque marché, les bandes FM et DAB+ n’étant pas harmonisées partout en Europe ni dans le reste du monde. Pour les constructeurs qui développent des plateformes électroniques uniques destinées à être déployées de la France à la Pologne, voire à la Chine, chaque composant variable représente un point de friction supplémentaire.

Le streaming audio, en revanche, ne dépend que d’une couche logicielle identique sur tous les marchés et peut être mis à jour à distance, ce qui explique la préférence croissante des constructeurs pour les services comme Spotify, Deezer ou Apple Music, souvent assortis de partenariats commerciaux et de données d’usage valorisables.

Des constructeurs américains et chinois commercialisent déjà des modèles sans récepteur FM/DAB+, ou ne le proposent qu’en option payante, accélérant la transition vers des véhicules « software‑defined » où l’écran central devient le seul hub audio.

Les diffuseurs avancent que la radio hertzienne ne génère ni abonnement ni données monétisables, la transformant en une ligne de coût sans contrepartie économique directe, alors que le streaming apporte des revenus et des informations sur les habitudes d’écoute.

Sibyle Veil, présidente de Radio France, a rappelé à l’AFP la panne électrique massive qui a plongé l’Espagne dans le noir en avril 2025, période durant laquelle la FM est restée l’un des rares canaux d’information disponibles, soulignant la résilience technique du signal hertzien qui ne dépend ni du réseau mobile ni d’une connexion internet.

Sur le plan législatif, la proposition de règlement européen sur les réseaux numériques (DNA), actuellement en discussion à Bruxelles, pourrait instaurer une base matérielle commune et rendre obligatoire l’équipement des véhicules neufs en récepteurs FM/DAB+. En France, l’article 2 du projet de loi de modernisation de la radio, porté par le sénateur Laurent Lafon, reprend cette exigence et sera examiné au Sénat le 13 octobre, constituant le premier vote concret attendu par les diffuseurs.

Si les deux cadres législatifs aboutissent, les constructeurs devront repenser leurs architectures électroniques pour intégrer les récepteurs, ce qui pourrait ralentir la simplification matérielle des véhicules mais garantirait aux usagers un accès gratuit et immédiat à la radio, même en cas de défaillance des réseaux mobiles.