Présidée par Emmanuelle Wargon, la CRE a présenté pour la première fois une ventilation détaillée du coût du système électrique : 40 milliards d’euros sont attribués à la production d’électricité, 16 milliards aux réseaux, tandis que la facture des clients représente près de 78 % du total, soit environ 44 milliards d’euros facturés aux consommateurs.

Le rapport souligne que les énergies renouvelables (solaire et éolien) ont fait baisser le prix de gros de l’électricité d’environ 20 €/MWh depuis 2020, ce qui se traduit par près de 8 milliards d’euros d’économies annuelles pour les usagers. Toutefois, le même rapport indique que ces mêmes installations ont engendré un surcoût d’environ 3 milliards d’euros pour le système et le budget de l’État, du fait des contrats de soutien et du besoin de renforcer le réseau pour intégrer des sources décentralisées.

Cette double dynamique se traduit par un « solde positif » pour le consommateur, mais elle augmente la volatilité des prix sur les marchés de gros. La multiplication des heures à prix négatif pèse sur les recettes d’EDF, qui voit son parc nucléaire moins rentable et doit ajuster la production pour suivre la variabilité des énergies non‑pilotables.

Le document a également fait l’objet d’une controverse : selon le quotidien Les Echos, la CRE aurait retravaillé certaines parties du rapport pendant l’été afin de mettre davantage en avant l’impact positif des renouvelables pour les producteurs non subventionnés, EDF en tête. La commission a catégoriquement rejeté l’idée d’une « édulcoration », tandis que le ministère de l’Énergie a reconnu l’existence d’échanges, sans préciser leur influence sur les conclusions finales.

À quelques mois de l’élection présidentielle, les chiffres du rapport pourraient influencer la trajectoire énergétique du pays. Les partisans d’un mix fortement nucléarisé y voient un argument pour renforcer le parc nucléaire, alors que les défenseurs d’une diversification accrue soulignent les économies réalisées pour les ménages et le potentiel de croissance de 50 % supplémentaire du solaire et de l’éolien avant que les coûts du système n’annulent les bénéfices.

La CRE indique enfin que, si le développement des renouvelables se poursuit, le coût du système et le budget de l’État pourraient dépasser les économies réalisées, soulignant la nécessité d’un accompagnement tarifaire et d’investissements ciblés dans le renforcement du réseau.