L’accusation, relayée par le compte « Balance ton Claude », est survenue le soir même où Thélyson Orélien recevait le prix du Roman Fnac pour son ouvrage, vendu à plus de 35 000 exemplaires et présent dans les sélections du Goncourt, du Renaudot, du Femina et du Médicis.
L’éditeur Grasset a immédiatement dénoncé une « campagne de haine » et l’auteur a annoncé qu’il constituait, avec ses éditeurs, un dossier de preuves pour démontrer qu’il a rédigé le livre à la main.
À ce jour, aucun des jurys n’a retiré le roman des sélections ; Brigitte Giraud, présidente du prix Femina, a qualifié le livre de « remarquable » mais a refusé de se prononcer tant que la preuve d’une éventuelle assistance de l’IA ne sera pas rigoureusement établie.
Pangram, start‑up de Brooklyn fondée en 2023 et soutenue par 13 millions de dollars de financement, affirme que son classificateur, entraîné sur des millions de textes humains et générés, ne produit que 0,0041 % de faux positifs – soit une erreur toutes les 24 000 analyses, selon ses propres benchmarks.
L’AFP a testé les mêmes passages avec sept autres détecteurs : un a indiqué 100 % d’IA, deux ont conclu à l’inverse, et les quatre restants ont donné des résultats mitigés, montrant que chaque outil se base sur les données d’entraînement qui lui sont propres.
Des études, dont une de Stanford en 2023, ont déjà mis en évidence un biais des détecteurs qui classifient à tort 61 % des copies d’étudiants non anglophones comme générées, un problème qui pourrait toucher l’écriture créolisée d’Orélien, né en Haïti et installé au Québec.
Dans le cadre de l’AI Act européen, l’article 50 oblige depuis le 2 août les fournisseurs d’IA à marquer leurs contenus ; Google et Anthropic ont déjà intégré des filigranes invisibles, mais ces marques s’effacent dès qu’un texte est paraphrasé ou traduit, limitant leur valeur probante.
Pour les éditeurs et les jurys, les scores de détection restent donc des indices, jamais des preuves irréfutables ; l’auteur mise sur des brouillons datés et un historique de versions pour établir la paternité de son œuvre.
En guise d’illustration, le rédacteur de cet article a soumis le texte à plusieurs détecteurs, qui l’ont tous classé comme « Mixed », rappelant que la technologie actuelle ne peut certifier à 100 % l’origine d’un texte.